FESG explique l’incendie de Londres

Le dramatique incendie à Londres a coûté la vie à 79 personnes. Cela suscite beaucoup de questions quant à la certification en matière d'incendie du revêtement de la façade, au type d’isolation et aux potentielles infractions à la législation.

Radio 1 a donc demandé à FESG si le bureau pouvait donner une explication à ce sujet. Réécoutez l’extrait de l’émission « De Wereld Vandaag » (réécoutez l’extrait en direct du vendredi 23/6 entre 02:41:00 et 02:48:00).


Que sait-on actuellement ?

  • L'incendie serait dû à un frigo défectueux dans un appartement au quatrième étage.
  • L’incendie violent s’est très vite propagé verticalement par le biais du revêtement de la façade.
  • Cette propagation verticale a été favorisée par trois éléments :
    • La première couche du revêtement de la façade se composait d’un cœur de PE entouré de plaques d’aluminium.
    • L’isolation se composait de plaque de PIR.
    • Le vide de 50 mm ne comprenait pas de dispositifs coupe-feu et a fait office de cheminée.

Cet incendie aurait-il pu être évité ?

  • Lors de l’établissement du cahier des charges pour la rénovation de la façade, les cas suivants étaient connus, où l’isolation inflammable a joué un grand rôle dans la rapide propagation verticale de l’incendie :
Aperçu des incendies de façade

Lieu/

Date

Origine Type d’isolation Caractéristiques spécifiques du déroulement de l’incendie Photo

2005

Berlin

Appartement 2e étage Isolation avec 80 mm d’EPS Éléments coupe-feu en laine minérale insuffisants  
2008 MGM Hotel Las Vegas Incendie de toit (soudure) Isolation EPS Sprinklers dans l’hôtel insuffisants + gouttes qui tombent  
2009 Hongrie Incendie de cuisine au 6e étage 70 mm de polystyrène, retardateur de flammes Des erreurs d’installation, l’absence d’éléments coupe-feu et une mauvaise fixation de l’isolation ont causé la mort de 3 personnes et une intoxication à la fumée de 12 personnes  
2010 Corée Appartement 4e étage 3 mm de polyéthylène avec isolation à la laine minérale L’absence de législation concernant la réaction en cas d'incendie a fait 4 blessés et causé des dommages sur 34 étages  
2010 Dijon France Conteneur de déchets pour façade EPS avec barrières en laine minérale La propagation de la fumée par le système de chauffage, de ventilation et de climatisation a causé 7 morts et l’intoxication de 3 pompiers  
2010 Shanghaï Soudure pendant rénovation Mousse PU 58 morts  
2012 Roubaix

Incendie d’appartement sur balcon du 2e étage

3 mm de polyéthylène et 0,5 mm d’alu

En quelques minutes, propagation de l’incendie jusqu’en haut du bâtiment. Propagation de l'incendie favorisée par le profil de conduites en forme de U autour des balcons.

 

Facteurs augmentant les risques ?

Une catastrophe avec un tel nombre de victimes est souvent un concours de circonstances. De plus, dans cet incendie, plusieurs choses ne semblent pas avoir été réalisées entièrement selon les règles de l’art.

  • Il n’y avait qu’une sortie de secours (1 cage d'escalier pour les 27 étages).
    • À titre de comparaison, deux sorties de secours indépendantes sont légalement obligatoires en Belgique depuis 1972.
    • L’évacuation est aussi garantie, même quand une cage d'escalier n’est pas utilisable à cause de la propagation de la fumée.
  • La sortie de secours a été très rapidement remplie de gaz de combustion toxiques.
    • Même s'il n’y avait qu’une sortie de secours, aucune mesure compensatoire n’a été prise.
    • Des solutions possibles pour sécuriser cette sortie de secours unique sont un système de surpression, des sas supplémentaires, etc.
  • La fiabilité du compartimentage anti-feu des appartements (portes, murs, volets d’incendie vers conduits d’évacuation communs) est soigneusement étudiée.
    • Ce compartimentage est essentiel pour la stratégie d'évacuation « defend in place », où il est conseillé aux personnes présentes aux étages non touchés de rester dans leur appartement et de ne pas évacuer.
  • Les extincteurs (pour la première intervention) n’auraient pas été entretenus et contrôlés.
  • L’analyse de risques (comparable à celle de l’AR du 28/03/2014 connu en Belgique) a été réalisée par du personnel non qualifié, qui a sous-estimé le risque d’incendie.
  • Les propriétaires du bâtiment n’ont pas assumé leur responsabilité de résolution des non-conformités constatées.

Situation en Belgique ?

  • L'utilisation d’une isolation inflammable dans les façades (autorisée actuellement) est un sujet sensible en Belgique.
    • Pour de nouveaux bâtiments, la législation fédérale sera bientôt renforcée, pour éviter des situations comme l'incendie de Roubaix (législation similaire).
    • Pour les bâtiments existants, le propriétaire (ou l’association des copropriétaires) est responsable de mettre en œuvre les recommandations de l’analyse de risques légalement obligatoire (AR du 28/03/2014).
    • Pour les bâtiments existants, le bourgmestre est responsable de faire résoudre les non-conformités existantes si nécessaire.
  • Cela ne s’applique d’ailleurs pas seulement au revêtement de la façade, mais aussi au nombre de sorties de secours, aux premiers moyens d'intervention et à la fiabilité du compartimentage.
    • En fonction des manquements constatés dans les bâtiments existants, des mesures compensatoires doivent être proposées et soumises aux pompiers.

Mesures à prendre en Belgique ?

  • Pour les bâtiments dont le revêtement de façade a été rénové après 2000, il est important de vérifier si les mesures requises ont été prises afin d’éviter un scénario de propagation verticale rapide de l'incendie.
  • Il faut donner la priorité aux bâtiments élevés (accès difficile pour les pompiers) où les fenêtres peuvent être ouvertes (propagation rapide de la fumée), où le compartimentage des parties communes n’est pas garanti et où il n’y a qu’une sortie de secours non sécurisée.
  • En cas de revêtement de la façade avec isolation inflammable, des mesures sont nécessaires en fonction du type d’isolation.
    • Sur la base de la fiche technique, une première évaluation est possible : le PIR obtient ainsi de meilleurs résultats que le PE (pas de parties qui deviennent liquides et pas de gouttes qui tombent), mais il existe aussi différents types de PIR, selon la composition.
    • Seul un certificat au feu d'un essai au feu au stade final est pertinent.
    • Selon ces certificats et les preuves de bonne exécution, des actions ciblées sont possibles.
  • Il est également recommandé d’aborder les tours existantes où des non-conformités sont connues. Un audit et une analyse de risques peuvent contribuer à évaluer la gravité et la priorité des non-conformités et à prendre des mesures concrètes.

 

Ir. Xavier Deckers
Ingénieur de sécurité incendie et Senior Project Manager

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